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General Glass : Un avis

Discussion in 'France' started by RedLord, Feb 5, 2019.

  1. RedLord

    RedLord Jedi Grand Master star 6

    Registered:
    Dec 3, 2000
    Topic attrape-Oryx

    Sérieusement Oryx, j'attends ton avis avec impatience.
     
  2. Oryx-I

    Oryx-I Force Ghost star 6

    Registered:
    Oct 2, 2000
    Ah ? Quelqu'un a dit "Glass" ? J'arrive tout de suite !!!
    C'est peu dire que je l'attendais celui-là, alors la pression était forte quand je suis rentré dans la salle avec mon pote Nico. J'avais la petite boule au ventre que j'avais plus sentie depuis les dernières heures avant l'épisode VII. Elle n'était pas revenue pour Rogue One et je crains qu'après l'ignoble épisode VIII, elle ne revienne jamais pour un Star wars. Les premières critiques assassines sur Glass m'avaient un peu inquiété, mais Dieu sait que les critiques n'ont pas toujours été tendre avec Shyamalan (encore aujourd'hui, le score d'Incassable est médiocre sur Rotten tomatoes), alors j'ai essayé de ne penser à rien et de laisser le film m'embarquer.
    Pour toi mon Redlord, voici ma critique en exclusivité. Et ça va spoiler à mort, alors si tu ne l'as pas encore vu, déjà, qu'est-ce que tu fous là à me lire au lieu d'aller au ciné ? Et si tu veux à tout prix mon avis avant, vas directement au dernier paragraphe de mon post.

    Mode spoilers ON :

    Au niveau de mes impressions, je vais énumérer mes états émotionnels successifs durant la projection :
    - Pendant la première phrase, aussi prévisible qu'attendue, avec la réintroduction de la Horde et de David Dunn jusqu'à leur premier affrontement inévitable, j'étais extatique. 19 ans que j'attendais ça ! Revoir David Dunn combattre le crime et recevoir la confirmation qu'il est bien devenu le super-héros qu'Elijah voulait qu'il soit. Son tandem avec son fils est génial. J'adore que Joseph lui serve "d'Oracle", et j'adore le fait qu'ils soient clairement heureux tous les deux, complices autant qu'un père et son fils peuvent l'être, et que ça fasse des années que ça dure. J'aurais bien aimé revoir aussi Robin Wright, mais je comprends la décision de Shyamalan de ne pas l'inclure, dans la mesure où il y a déjà une foultitude de personnages à traiter, et où le scénario est très cohérent sur ce qu'il s'est passé entre David et Audrey. Ils ont bel et bien sauvé leur mariage suite aux évènements d'Incassable, mais la vérité sur ce qui est vraiment David, il n'a jamais pu lui dire. Comment l'aurait-il pu ? Audrey était déjà contre la pratique du football qu'elle trouvait trop violent comme passe-temps, alors comment pourrait-elle comprendre ce besoin qu'a son mari de se battre à mains nues contre des criminels ? Si elle avait été dans le film, Audrey n'aurait pu qu'être un personnage en retrait de l'intrigue, qui cherche à ramener son mari et son fils dans le "monde réel". Ca me paraît moins intéressant que ce qu'on a eu en définitive.

    - Le docteur Staple fait ensuite son entrée, et le film prend alors une direction complètement inattendue (pour ceux qui n'avaient pas vu les bandes-annonces en tout cas). Nos deux super-héros sont enfermés dans le même hôpital psychiatrique qu'Elijah Price et le film devient résolument un thriller psychologique. J'étais un peu déconcerté de prime abord, mais j'accrochais toujours beaucoup, ne serait-ce parce que c'est le moment où Night Shyamalan donne les clés du film à MacAvoy pour qu'il en fasse ce qu'il veut. Beaucoup de gens ont critiqué l'idée du dispositif qui fait changer de personnalité à Kevin chaque fois qu'il y a un flash de lumière et je comprends leur point de vue. On peut se dire qu'il pourrait facilement passer ce truc en mettant son matelas en bouclier par-exemple (d'ailleurs, il le fait avec le corps d'un gardien à un moment). Je reconnais la logique de cette remarque, mais je rangerais ça dans la même catégorie que les aliens de Signes qui voyagent à travers l'espace mais n'ont pas de quoi passer des portes en bois. Les situations que Shyamalan met en scène sont parfois plus intéressantes si on se contente de les accepter telles quelles. On sait bien pourquoi c'est un flash qu'on utilise ici, parce que c'est un moyen extrêmement cool d'explorer les 24 personnalités de Kevin. Alors, une fois qu'on se dit qu'il ne peut pas sortir tout seul et qu'on se contente d’apprécier le spectacle, c'est absolument génial.
    L'autre truc excellent de cette partie du film, bien sûr, c'est notre réintroduction à Mister Glass, lequel est une bombe à retardement dont on guette chaque mimique dans l'espoir de parvenir à deviner ce qu'il a en tête. J'ai adoré que l'on donne une nouvelle perspective à sa relation avec sa mère. La simple façon dont elle parle des victimes de son fils répond à une des questions qui me hantaient depuis la fin d'Incassable : savait-elle ? Et la réponse est oui. La mère d'Elijah savait pertinemment que son fils était un monstre, mais elle croyait en lui malgré tout, elle croyait en sa folle théorie, comme une vierge Marie du côté obscur, qui veut croire que toutes les souffrances de son enfant ont un sens et qu'il est investi d'une mission.
    Et là, alors que je suis toujours heureux devant mon écran, mais que je me demande un peu où va Shyamalan avec cette histoire d'hôpital psychiatrique, arrive pour moi "la" scène tournant du film, celle qui en définit le véritable thème : la thérapie de groupe avec David Dunn, Kevin et Mister Glass face au docteur Staple. Ce passage a été particulièrement surréaliste pour moi dans la mesure où j'ai une scène rigoureusement identique dans le roman jeunesse que je suis en train d'écrire. Mes héros, qui ont vécu des aventures fantastiques depuis le début du roman, sont soudain confrontés à un obstacle inattendu lorsqu'ils se retrouvent dans un hôpital psychiatrique et qu'une femme en blouse blanche leur explique très calmement qu'ils se sont construits un monde imaginaire afin de se donner une importance qu'ils n'ont tout simplement pas. Toutes leurs aventures, si fabuleuses qu'elles aient pu leur sembler alors, ont toutes une explication tristement rationnelle. Ils ne sont rien d'autre que des malades qui nécessitent un traitement.
    Ce n'est pas une situation inédite au cinéma ou à la télévision. On pourra citer par exemple un épisode de Buffy ou de LOST avec les mêmes questionnements psycho-existenciels. Mais il est rare que ce soit au centre des enjeux d'une histoire au long cours. Aussi suis-je plutôt heureux de constater que M. Night et moi avons les mêmes préoccupations philosophiques en ce moment. Cette scène est tout à fait cohérente avec les thèmes d'Incassable et de Split. C'est de cela qu'il a toujours été question : peut-on oser croire au surnaturel quand on est seul ou presque à y croire ? Et la métaphore religieuse est particulièrement forte au sein de la trilogie, puisque la Bête se définit comme une entité surnaturelle, un ange ou un démon qui vient posséder Kevin et se révéler au monde. D'aucun trouveront qu'il est trop facile de faire douter David Dunn de ses pouvoirs alors qu'il est un super-héros dans les faits depuis près de 20 ans, mais c'est vite oublier qu'il s'est considéré lui-même comme un homme ordinaire durant les 40 années précédentes. Il avait déjà ses intuitions, il avait sa force et sa résistance, mais il ne les interprétait pas comme une preuve formelle de son identité mythologique. Or, aujourd'hui, le docteur Staple lui fournit une explication à tout ce qui lui est arrivé. Il n'a rien fait que l'on n'ait vu ailleurs sous une forme ou une autre. L'intuition, la capacité à interpréter les signes, ça existe, tout comme les moments de force surhumaine en cas de danger mortel. Et on voit des gens survivre à des catastrophes sans une égratignure. C'est bien pour ça qu'il était si dur de se laisser convaincre par Elijah à l'époque et pourquoi il est si facile de croire le docteur Staple.
    Bref, j'étais totalement convaincu par ce revirement pour ma part, et je ne pouvais qu'attendre de voir ce qu'allait faire Elijah dans cette situation, lui qui avait été le premier à croire, et qui porte d'ailleurs le nom d'un prophète. Et alors que s'ouvre le troisième acte, on comprend assez vite pourquoi le film s'appelle "Glass".

    - Au cœur de la nuit, Mister Glass s'anime à nouveau, comme un vampire sorti de son tombeau, et il dévoile alors le pouvoir qu'il utilisait déjà dans Incassable mais qu'il n'avait pas eu l'opportunité d'arborer comme un étendard. Mister Glass est un génie machiavélique, comme le Jocker, comme Lex Luthor ou même Moriarty. Toutefois il est beaucoup plus que simplement l'adversaire de David, et c'est là le principal ajout du film à la mythologie Incassable. Mister Glass est l’annonciateur d'un nouvel âge, et il va tout faire qu'il puisse advenir enfin. J'ai adoré de le voir se balader dans l'hôpital comme s'il en était le maître, et j'ai adoré plus encore le voir se présenter le plus poliment du monde à Patricia et lui redonner courage par quelques mots bien choisis. Le moment où le docteur Staple prétend le lobotomiser ne m'a pas inquiété une seconde, dans la mesure où il était déjà évident que Mister Glass serait l'avatar de Shyamalan bien plus que David cette fois-ci, et que ses plans ne sauraient être contrecarrés par une manœuvre aussi grossière. J’apprécie toutefois ce détour qui nous permet notamment de profiter de l'une des plus belles scènes coupées d'Incassable avec le jeune Elijah à la fête foraine (j'étais aussi ravi de voir celle entre Joseph et David un peu plus tôt). Un infirmier égorgé plus tard, le plan reprend de plus belle tandis que la musique du film devient un tic-tac qui semble annoncer des évènements cataclysmiques. Mister Glass nous promet un duel mythique entre le Superviseur et la Horde au sommet d'un building. On a du mal à imaginer un film de Shyamalan se terminant de la sorte, mais pourquoi pas après tout ? Peut-être est-il temps de passer à un combat de super-héros plus classique pour le final de cette trilogie.
    Voir Mister Glass et la Horde interagir est un bonheur dont je ne me lasse pas. Il y a quelque chose qui relève de cette folie excentrique qui animaient les méchants de Batman les plus grotesques dans les années 90 quand ils faisaient équipe (on pense au Pingouin et Catwoman, ou même à Double-face et l'Homme-mystère dans Batman Forever). L'air de rien, Mister Glass remet sur pied les différents membre de la Horde en leur redonnant une raison de vivre, de la Bête à Hedwig en passant par Patricia. Seul Dennis se rebelle contre lui, ce qui achève l'évolution qu'il avait entamé à la fin de Split et montre que le sacrifice du docteur Fletcher n'a pas été totalement inutile. Le rapport entre Mister Glass et la Bête est de loin le plus intéressant. Elle est tout ce qu'il a rêvé de voir un jour, la concrétisation même de cette couverture du tout premier comics offert par sa mère dans lequel on voyait un héros vêtu de vert affronter un monstre mi-homme mi-animal au pelage orange. Les spectateurs les plus attentifs des deux films précédents auront déjà deviné le twist sur les origines de la bête, et à une époque où faire des théories sur Star wars n'est récompensé que par de continuelles déceptions, on appréciera tout particulièrement le remarquable cohérence dont a fait preuve Shyamalan avec sa trilogie. Rien n'y est gratuit, et tout a un sens.
    Longtemps laissé sur la touche, David Dunn se voit donner par son ennemi juré l'occasion de se relever à son tour. La scène nous renvoie à leur relation dans Incassable et, alors qu'il se met à enfoncer méthodiquement la porte blindée de sa cellule, on prend conscience qu'on assiste là à un moment équivalent à celui de Spiderman soulevant des tonnes de gravats pour embraser pleinement son destin de héros. On regrettera toutefois que le thème emblématique du premier film ne revienne pas pour un moment aussi important, mais je reviendrai sur la question de la musique à la fin de cette critique.
    Les trois figures mythologiques sont à présent libres de s'affronter, chacun dans son costume, vert, orange ou violet, et leurs proches sont présent pour assister à la bataille. Il n'y aura pas d'affrontement au sommet d'un gratte-ciel. Cette cour d'hôpital est tout ce dont a besoin Shyamalan pour iconiser définitivement ses trois héros. Le spectacle va aussi loin qu'il peut aller tout en respectant le contrat semi-réaliste de ces films. Dunn et le Bête révèlent leurs force et leur résistance sur-humaines sans aucun doute possible. La mythologie prend vie.
    Et c'est alors que tout s'écroule. Mister Glass voit la Bête se retourner contre lui et s'effondre, comme il s'est effondré dans ce manège quand il avait six ans et que ses lions en peluche n'ont pas rempli leur rôle de protecteurs. Kevin rappelé par Cassey n'a pas l'occasion de profiter de son corps, enfin retrouvé, avant d'être abattu froidement. Et, tragédie suprême, David Dunn se noie dans quelques centimètres d'eau, tué par un adversaire dont on ne verra jamais le visage. Mister Glass nous avait prévenu que les choses ne se passeraient pas exactement comme dans un comics. Dans le monde réel, les héros meurent de façon pathétiques, et ils n'ont pas les honneurs d'un glorieux combat devant une foule de fans en larmes.
    Je ne vais pas mentir. J'ai chialé comme un gosse en voyant David Dunn partir. Je me sentais aussi en colère et aussi orphelin que son propre fils devant une pareille injustice. Et le film me laissait sur une impression mitigée à nouveau. L'idée finale allait devoir être grandiose pour que tout ça en vaille la peine. Toutefois, quelque chose dans la mort de Mister Glass me plaisait particulièrement. J'aimais le fait que docteur Staple s'excuse sincèrement et s'incline devant son esprit supérieur, et je trouvais magnifique qu'il finisse dans les bras de sa mère fière de lui pour boucler la boucle de la scène d'ouverture d'Incassable.

    - Et nous voici devant l'épilogue. On se doute bien qu'Elijah Price n'a pas pu échouer à ce point et que son plan était différent, mais il n'empêche que j'ai souri de toutes mes dents au moment où le docteur Staple entend les deux geeks discuter dans le magasin de comics. Evidemment que Mister Glass avait un coup d'avance. Quel génie machiavélique serait-il sinon ?
    On a critiqué l'idée de cette société secrète que d'aucun diraient "sortie de nulle part" comme enjeu final de la trilogie. Là non-plus je ne suis pas d'accord. La question de savoir pourquoi David Dunn est le seul super-héros répertorié à l'époque d'Incassable s'est toujours posée et devait inévitablement trouver sa réponse sous la forme d'un contre-pouvoir. Je préfère l'idée de la société secrète plutôt que le complot gouvernemental à choisir. Les deux peuvent exister dans le monde réel, mais il faut dire ce qui est : les sociétés secrètes correspondent beaucoup mieux aux critères des comics, en ce qu'elle incarnent parfaitement l'idée d'un mal agissant dans l'ombre. De plus, les conditions d'internement de David et de Kevin supposaient forcément une conspiration de ce genre. Quelque chose n'allait pas dès l'instant où le piège s'est refermé sur eux pendant leur premier combat, comme si tout avait été prévu de longue date.
    Mister Glass savait que ses véritables adversaires étaient ceux qui essayent de cacher la vérité sur les super-héros. Tout son plan ne visait qu'à combattre un mensonge vieux de dix-mille ans pour révéler la vérité de toutes les vérités : le surnaturel existe bel et bien. Et je dis "surnaturel" ici, parce que cette fin aux airs d'Apocalypse semble apporter un point final à toutes les obsessions de Shyamalan depuis 6ème sens. C'est bien simple, je ne serais pas surpris de l'entendre annoncer qu'il met fin à sa carrière et va désormais se consacrer à sa famille tant il a parfaitement bouclé son œuvre avec Glass.
    Alors, si j'ai chialé comme une petit fille pour la mort de David Dunn, les deux dernières minutes ont carrément ouvert les vannes. C'est bien simple, j'avais plus été dans un état pareil depuis la Passion du Christ. Cette fin est parfaite. Conclure l'histoire lancée dans Incassable avec un final à la fois aussi intime et aussi gigantesque c'est magistral. Visuellement, il ne se passe rien du tout. Des gens reçoivent des textos pendant que trois gugusses les regardent depuis un banc. Mais, si comme moi, on aime Shyamalan pour sa capacité à ouvrir la porte des possibles quand il aborde tel ou tel élément surnaturel, rien ne peut avoir plus d'impact que la "naissance d'un nouvel univers" comme dirait madame Price. Là encore, on va me dire que des images de mecs qui font des trucs qui nécessitent une force surnaturelle, on en voit sur Youtube et ça n'a rien de bouleversant pour l'ordre établi, mais cette fin est plus forte que ça. Durant tout le film, on a insisté sur la présence de ces caméras absolument partout dans l'hôpital qui filmaient en quasi-permanence. Ce n'est pas juste trois images un peu floues au contexte vague qui viennent d'être balancées sur la toile : c'est toute la vérité sur ces trois derniers jours, documentée seconde par seconde et portant sur des figures publiques dont tout le monde peut vérifier l'existence, des individus qui sont morts ce jour-là même dans des circonstances plus que louches.
    Alors, évidemment que plein de gens vont douter de la véracité de tout ça, mais le but de Mister Glass est atteint. Tous les super-héros potentiels qui ne croyaient pas en eux-mêmes parce qu'on les avait convaincu que c'était impossible vont maintenant pouvoir passer à l'action. Ils ont vu leurs semblables à l’œuvre, et ils savent qu'ils existent. Or, on ne parle pas d'une poignée d'individu ici, mais de gens que l'on trouve dans toutes les grandes villes, à en croire les allusions du docteur Staple à la fin.
    Le monde va forcément changer. Et c'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter à une époque où le seul idéal des gens semble être de râler sur Twitter à propos de tout et n'importe quoi. Dans la scène d'ouverture de Glass, Shyamalan nous montrait le pire visage d'internet : deux petits cons qui s'amusent à agresser les gens dans la rue pour montrer ensuite les images sur Youtube. A la fin du film, il donne à internet un rôle quasi-évangélique. C'est par ce réseau qu'adviendra une ère nouvelle. Et on notera que sur le plan final du hall de gare (renvoi évident au début d'Incassable), les gens qui étaient sur leur portable se mettent peu à peu à discuter avec leur voisin. L'éveil a commencé, dans un détail aussi insignifiant que des conversations entre inconnues qui s'étonnent et s'émerveillent de la même chose. Et sur l'écran géant, la Bête aux actualités nationales, soulève une voiture, exactement comme Superman sur la couverture de sa toute première aventure...

    Voilà, c'était donc Glass, et c'était donc M. Night Shyamalan, ai-je envie d'ajouter, qui cette fois est définitivement de retour au sommet. De son propre aveux, les gros budgets ne sont pas faits pour lui et il préférait que Glass reste un film modeste (qu'il a d'ailleurs payé de sa poche). L'idée avec laquelle il nous manipule d'envoyer David Dunn et la Bête s'affronter au sommet d'un gratte-ciel n'est pas nécessairement une charge contre les films de super-héros actuels (même si on aura bien compris qu'il jouait là-dessus, d'ailleurs sur la couverture du magazine où l'inauguration de l'immeuble est annoncée, le titre est "A true Marvel" ;)). M. Night veut juste nous dire que l'important, plutôt que le spectacle, c'est d'avoir une mythologie riche de sens. On peut faire un film de super-héros à petit budget, et on peut raconter n'importe quelle histoire avec peu de moyens en fait. C'est la sincérité du récit qui donne une valeur à l'action.

    Moi qui ne me cache pas d'avoir détesté "Les Derniers jedi" de toute la force de mon être, je ne peux m'empêcher de remarquer que Glass en est la parfaite antithèse. Dans l'épisode VIII, nous avons vu le dernier baroud d'honneur d'un héros légendaire sous la forme d'un combat mythique dans lequel il montrait des pouvoirs incroyable et était capable de défier toute une armée, mais en définitive tout était faux. L'action n'était qu'une mise en scène visant à convaincre l'ennemi de la puissance des jedi. Pourtant, on veut nous faire croire que le message est passé et que la galaxie a retrouvé espoir grâce à cela. Mais, pour le spectateur que je suis, la pilule ne passe pas. Luke était un héros autrefois. Il n'a pas fait semblant de détruire l'étoile noire ou de racheter l'âme de son père en faisant face à l'Empereur en personne. Désormais, on veut nous faire croire que le monde se souviendra de lui pour un mensonge pathétique.
    A l'inverse, avec Glass, nous voyons David Dunn faire exactement ce qu'il a toujours fait. Il se bat, il utilise sa force colossale, et il encaisse les coups, jusqu'à périr sans fanfare, terrassé par sa seule faiblesse. A première vue, la chose pourrait sembler pathétique, mais la puissance de l'héritage de David Dunn apparaît bientôt comme évidente. Il est le premier des super-héros de cette ère nouvelle, le précurseur d'une génération de sur-hommes qui inspireront l'humanité et la conduiront vers une ère de légendes. David Dunn n'a pas triché. Il a été lui-même, et il a mérité d'être honoré par le monde entier.

    Et si je dois me permettre une seule véritable critique sur l'ensemble du film, c'est que l'absence de James Newton Howard à la musique se fait cruellement sentir. Comme dit plus haut, il y a des moments où le thème héroïque de David Dunn s'impose comme une évidence : quand il sauve les pom-pom girls au début, quand il doute de son destin, quand il détruit la porte et remet son costume. Mais il y a plein d'autres éléments musicaux qui auraient dû être utilisés ici : l'incroyable thème de la gare est à peine cité à une ou deux reprises de façon mollassonne alors qu'il aurait dû clairement accompagner l'affrontement entre Dunn et la Bête, et on aurait aimé entendre à nouveau le motif sur l'eau, la seule faiblesse de David, pour le flash-back de la piscine, et pour la mort du héros.
    Incassable avait cette capacité de mêler choses ordinaires et souffle mythologique comme aucun autre film, et sa musique y était pour beaucoup. Le travail de West Dylan Thordson sur Split et Glass est plus qu'honorable. J'aime tout particulièrement son thème "Origin story" qui monte en puissance durant tout le film jusqu'à atteindre son paroxysme lors des toutes dernières minutes. Mais la BO d'Incassable est un chef d’œuvre absolu, et faute d'avoir le compositeur à disposition, Shyamalan aurait dû beaucoup plus s'appuyer sur elle.
    Alors, vous savez quoi ? Depuis le temps que je dis que je vais me mettre au montage et retravailler les détails de mes films préférés qui me frustrent, eh ben ça y est, je m'y suis mis ! J'ai commencé à sélectionner les morceaux dont j'ai besoin pour une BO alternative de Glass, et j'ai fait des essais avec Nico sur divers programmes de montage. Sitôt le blu-ray de Glass sorti, je remettrai en bonne place les thèmes de David Dunn et de Mister Glass, et je l'aurai ma trilogie ultime !

    Mode spoilers OFF.


    En gros - et je sais bien que je serai l'une de seules personnes à penser ça mais tant pis - Glass est pour moi LE film de la décennie. Plus encore que Rogue One ou Ça, mes deux chouchous des deux dernières années. Au détail près de la musique décevante, je l'aime autant qu'Incassable. Ce n'est clairement pas un film pour tout le monde, mais je peux dire que c'est carrément un film pour moi.
    Content de te retrouver en pleine forme, M Night. Puisse-tu nous offrir d'autres merveilles de ce genre à l'avenir. Sinon... eh ben merci pour tout. :)
     
    Last edited: Feb 6, 2019
  3. Mighty_Ewok

    Mighty_Ewok Jedi Grand Master star 4

    Registered:
    Dec 6, 2001
    la pokéball a marché à merveille. ^^
    pour ma part j'aurai voulu dire que c'est l'antithèse parfait de Star wars 8 mais oryx l'a fait.
    Tout est cohérent, les personnages ont de véritables arcs narratif, un développement et une apogée qui a un sens.
    Les enjeux sont présents et la conclusion est magistral.
    un film qui se concentre sur le fond de son message et pas sur la forme pour épater la galerie de tant de subversion. ;)
    Je reconnais que j'ai cherché longtemps le twist car je l'avais deviné tout de suite en regardant split. comme le fait que Rogue soit amoureux de lily ça n'a jamais était une surprise. ^^ ça fait du bien que la cohérence et l'attention soit récompensé.

    Oryx n'a pas mentionné le personnage de cassidy mais je l'adore. Elle crevait l'écran dejà dans split et là, l'a voir rayonnante de résilience avec son "pouvoir de l'amour" démontre que Night est un grand romantique qui croit aux valeurs et à la bonté de l'être humain. Je l'aime pour ça. toujours une lumière dans la nuit. :)

    Il y a toujours de l'espoir. :D
     
  4. Oryx-I

    Oryx-I Force Ghost star 6

    Registered:
    Oct 2, 2000
    Le twist de Split, je dirais que c'était le fait qu'on soit dans le monde d'Incassable et que la Bête soit un super-héros au même titre que David Dunn. Tu l'avais quand même pas deviné celui-là ? :confused:
     
  5. Mighty_Ewok

    Mighty_Ewok Jedi Grand Master star 4

    Registered:
    Dec 6, 2001
    non je parle de la scène de transformation dans le train qui après coup (en découvrant que c'est la suite caché d'incassable) nous ramène à l'accident de david dunn et du futur twist de glass qui n'en est pas un du coup. pour le coup... :p
    ...
    oui par contre voir bruce willis dans split bien sûre que je m'y attendais pas :D
     
  6. RedLord

    RedLord Jedi Grand Master star 6

    Registered:
    Dec 3, 2000
    Merci Romain

    C’était très enrichissant à lire.
     
  7. Oryx-I

    Oryx-I Force Ghost star 6

    Registered:
    Oct 2, 2000
    J'ai fini mon réedit de la BO de Glass soit dit en passant, et je ne suis pas peu fier. Et on a réintégré deux trois scènes coupées qui valaient le coup en passant, notamment une entre Elijah et sa mère qui vaut de l'or.